Le sparadrap du H2Ogate
Un sparadrap à plus d'un milliard d'euros de perte potentielle qui colle depuis 2019
Le H2Ogate a débuté en juin 2019, avec la publication dans le Financial Times d’un article de Cynthia O’Murchu et Robert Smith dévoilant la présence dans certains fonds gérés par H2O AM de titres illiquides émis par des sociétés contrôlées par un entrepreneur allemand spécialiste du non-remboursement de ses dettes, Lars Windhorst.
8 milliards d’euros étaient sortis en un mois des fonds de H2O AM.
Fin août 2020, l’AMF demandait la suspension des transactions sur trois fonds H2O. Le régulateur français se couvrait à l’occasion de ridicule, H2O AM lui suggérant d’étendre la mesure à quatre autres fonds contaminés par les actifs Windhorst illiquides.
1 milliard 642 millions d’euros de ces actifs étaient alors extraits des fonds, logés dans des véhicules gérés en extinction (des fonds cantonnés ou « side-pockets »), selon des valorisations dont l’histoire a montré qu’elles étaient fantaisistes.
Fin décembre 2022, la commission des sanctions de l’AMF infligeait à H2O AM Europe LLP, Bruno Crastes et Vincent Chailley des sanctions à la hauteur de la gravité des infractions commises : historiques.
Persuadés de n’avoir commis que des infractions de nature purement technique, les sanctionnés formaient un recours devant le Conseil d’Etat pour demander l’annulation des sanctions.
En août 2024, le régulateur britannique, la FCA, publiait un texte dévastateur pour H2O AM et ses dirigeants, et incontestable.
Dévastateur car on y apprenait que H2O AM avait menti au régulateur en fabriquant de toutes pièces des documents montrant que les investissements dans les titres Windhorst avaient fait l’objet d’analyses préalables et en niant l’existence d’interactions extra-professionnelles entre Lars Windhorst et des collaborateurs de H2O AM, alors qu’elles furent multiples.
Et incontestable, car il s’agissait d’une transaction entre le régulateur et H2O AM. Cette dernière, sans reconnaître sa responsabilité ni sa culpabilité, déclarait avoir « sécurisé » une somme de 250 millions d’euros pour indemniser les porteurs de parts des fonds cantonnés.
Offre inégalitaire, puisqu’il fallait s’engager à ne pas poursuivre en justice H2O AM et son écosystème pour en bénéficier immédiatement. Les porteurs de parts désireux de poursuivre en justice ne seraient indemnisés que fort tard, d’un montant inférieur, et les indemnités éventuellement octroyées par un tribunal seraient déduites du remboursement par H2O AM.
Cette offre inégalitaire connut un certain succès (qualifié de « vif » par H2O AM), avec un taux de participation de 79,54% des encours des fonds cantonnés.
Alors que la procédure du Collectif Porteurs H2O (que j’ai conseillé entre novembre 2022 et avril 2023) devant le Tribunal de Commerce de Paris avance à un train de sénateur, le Conseil d’Etat a fini par rendre sa décision : il a rejeté l’ensemble des demandes par une décision prise par les 6è et 5è chambres réunies le 13 juin 20251.
Les décisions de la commission des sanctions de l’AMF sont donc devenues définitives, ce que H2O AM « déplore » tout en souhaitant « se projeter vers l’avenir ».
Au Royaume-Uni, la FCA a publié en juillet dernier une décision2 concernant l’ancien responsable des risques et de la conformité de H2O AM, Jean-Noël Alba.
Co-fondateur de la société de gestion en 2010, ce dernier avait fait fabriquer par ses subordonnés de faux documents transmis au régulateur britannique. Il a accepté de régler plus d’un million de livres sterling et est interdit d’exercice dans le secteur financier au Royaume-Uni.
Alors que les deux dirigeants sanctionnés de H2O AM sont toujours présents dans la société, les documents des régulateurs dressent un tableau très troublant des pratiques passées.
Pour le moment, les assureurs, prudents, bloquent toujours les souscriptions aux fonds H2O AM dans leurs contrats.
Qui sera le premier à oser rouvrir les vannes, jugeant qu’il est temps de décoller le sparadrap à 1,1 milliard d’euros de pertes potentielles du H2Ogate pour « se projeter vers l’avenir » ?
Cette chronique, rédigée le 9 septembre 2025, est parue initialement dans le numéro d’octobre 2025 de Gestion de Fortune, sans les illustrations, les notes de bas de pages, ni les liens.


